Un motard et une automobiliste sont jugés à Valence ce mercredi pour mise en danger de la vie d’autrui. Les deux bolides roulaient à une vitesse avoisinant les 300 km/h selon les enquêteurs qui ont repéré la vidéo postée par le motard YouTubeur.

« Waouh, la meuf est aussi sublime que la voiture. » Sur l’autoroute A7 autour de Valence, le 24 octobre 2017, Benjamin est au guidon de sa moto KTM 1290 super Duke R. Il croise une Mercedes AMG GTS et décide de voir le bel engin d’un peu plus près… S’ensuit un ballet entre les deux véhicules durant plus d’une dizaine de minutes. Et à la fin, la conductrice invite le motard à boire un verre sur une aire de repos.

Cette « romance », immortalisée par la caméra du motard qui est aussi YouTubeur, est rapidement postée sur Internet. Les passionnés de mécanique s’enflamment et cette vidéo compte rapidement plus de 600 000 vues. Elle est repérée par l’escadron de la sécurité routière de la gendarmerie de la Drôme qui effectue une veille sur les réseaux sociaux et sites de partages d’images.

Leur enquête longue et minutieuse mène ce mercredi les deux protagonistes de ce flirt autoroutier devant le tribunal de Valence. Ils sont poursuivis pour mise en danger de la vie d’autrui, vitesse excessive, non-respect des distances de sécurité. Ils risquent plusieurs années de suspension de permis, un an de prison ferme et 15 000 euros d’amende. Selon les calculs des militaires, les deux bolides roulaient à « une vitesse avoisinant 300 km/h. »

Les pilotes se lancent des signes amicaux

« Je n’ai pas vu le mal lorsque j’ai diffusé la vidéo, lâche stressé, Benjamin, 26 ans, à quelques heures de l’audience. Je poste mes vidéos pour le plaisir, pas pour me faire de l’argent, à tout casser j’ai dû toucher 200 euros. Ça ne rembourse même pas l’essence. »

Depuis son interpellation le 18 janvier, cet habitant de Sausset-les-Pins (Bouches-du-Rhône) s’est vu confisquer sa moto, mais aussi son matériel pour filmer. « D’habitude je diffuse des images de mes promenades pour que les gens voient les beaux paysages, mais cette fois-là je suis tombé par pur hasard sur cette belle voiture conduite par une automobiliste que j’ai voulu suivre pour la voir de plus près », relate ce responsable d’un magasin de grande distribution.

Les deux bolides se jaugent puis les pilotes se lancent des signes amicaux. Les commentaires du motard Youtubeur baptisé PARA13 sur la toile jalonnent ce ballet qui se termine par une petite discussion sur l’aire de repos. Sur YouTube et les forums, les réactions sont plutôt positives : « Ça faisait tomber la barrière entre motards et automobilistes », reprend Benjamin. Aucun signalement ne remonte aux services d’enquête. Mais quelques mois plus tard, les gendarmes qui surfent sur Internet tombent sur cette vidéo qui s’apparente à leurs yeux à une « course ».

Grâce aux panneaux et aux bornes kilométriques, ils parviennent rapidement à déterminer le lieu exact de l’infraction, près de Valence. En récupérant les témoignages d’automobilistes doublés qu’ils interrogent au téléphone, les militaires connaissent aussi le jour de ce trajet, le 24 octobre. « Ensuite, nous avons nos petits secrets pour établir de manière certaine la vitesse, même si le compteur de la moto est masqué », sourit le chef de l’escadron dédié à la sécurité routière.

Dans un premier temps, les enquêteurs chronomètrent le passage de la moto à chaque borne kilométrique. Et établissent une moyenne de vitesse tous les 1000 m. Ils regardent aussi le compteur « tour par minute » de la moto et décident de prendre le même modèle d’engin afin de constater leur vitesse sur circuit lorsqu’ils montent le moteur au même régime.

Enfin, grâce aux réquisitions effectuées auprès de la compagnie autoroutière et aux horaires de passage, ils disposent de la photo de la conductrice et de son immatriculation et remontent ainsi jusqu’à la jeune femme qui est également placée en garde à vue le 18 janvier. « Il est important aussi de montrer que même si les gens ne sont pas pris sur le fait, ils peuvent être poursuivis pour des faits délictuels s’ils sont postés sur Internet », reprend-on à la gendarmerie.

« Ce qui est fou c’est de voir les moyens déployés pour attraper ces deux conducteurs qui n’ont gêné personne, estime Me. Dufour qui défend l’automobiliste. Ils ont saisi la voiture de ma cliente alors qu’elle appartenait à une société de prêt. Ils n’en avaient pas le droit et le savaient. Mais ça faisait bien de la publier sur le compte de la gendarmerie. J’ai dû faire une demande pour qu’elle récupère sa Mercedes. Et c’est le contribuable qui a réglé la facture de la fourrière. » La jeune femme conduit donc à nouveau son bolide en attendant le procès.

Avec Me Josseaume, qui représente Benjamin le motard Youtubeur, les deux avocats vont plaider la relaxe. « Excès de vitesse peut-être, mais mise en danger de la vie d’autrui je ne pense pas », explique Me. Dufour. « Sur la vidéo, personne n’est contraint de se rabattre, les clignotants sont mis pour doubler, lorsque les gendarmes ont auditionné des témoins, les gens se sont montrés vagues, la preuve qu’ils n’avaient pas eu peur. Et la vitesse n’est légalement pas un critère pour établir la mise en danger d’autrui, martèle Me. Josseaume. Ce dossier est ficelé de manière hasardeuse. Tout n’est qu’estimation. »

Toujours selon les avocats spécialistes du droit routier, la vidéo peut avoir été légèrement accélérée, et la prise de vue en grand-angle peut fausser la réalité. « Je n’ai jamais eu de problème avec la justice avant, je ne suis pas un délinquant, et financièrement je sais que je vais payer cher rien qu’avec les frais de fourrière pour ma moto », soupire Benjamin qui débourse toujours chaque mois plusieurs centaines d’euros pour l’assurance de son engin et le remboursement du crédit qu’il avait contracté pour se l’offrir.

 

Via: Le Parisien


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