Dans un document que Le Figaro a pu consulter, la conseillère aux finances met en garde la maire sur l’explosion du poids de la dette juste après les élections municipales de 2020.

La dette de la Ville de Paris, inexistante avant l’élection de Bertrand Delanoë, atteint aujourd’hui 7 milliards d’euros. Dans une note confidentielle datée du 20 décembre 2017 à laquelle nous avons eu accès, la conseillère de la maire chargée du Budget, des affaires financières et des marchés publics Myriam Métais alerte son cabinet sur les dangers de l’augmentation à venir des montants de remboursement de la dette mais aussi des intérêts qui lui sont liés.

En outre, elle y préconise des mesures drastiques pour éviter «un effet de ciseaux» c’est-à-dire une baisse des recettes avec une augmentation des charges . «En effet, même en contenant notre taux d’endettement à 85 % et notre dette à 7 milliards d’euros, nous aurons au-delà de 2020 deux contraintes à assumer.

En fonctionnement, dans les conditions actuelles favorables du marché, le niveau d’emprunt prévu d’ici la fin de la mandature va en effet avoir pour effet d’augmenter, à partir de 2021, à 150 millions d’euros par an en moyenne la charge des intérêts (contre 100 à 120 millions en 2017-2018).

En investissement, surtout, le remboursement des annuités d’emprunt passera à près de 300 millions d’euros dès 2021 contre 200 millions par an depuis 2014 et atteindra même 300 à 400 millions d’euros en 2030/2040», précise la note de cette énarque.

«Nous n’avons aucune inquiétude» explique le premier adjoint

Lors d’un entretien, le premier adjoint Emmanuel Grégoire nous réplique: «L’important ce n’est pas le montant de la dette mais notre capacité à rembourser. Si en 2001, quand nous avons pris les rênes de la ville, la dette était quasiment nulle, c’est que la ville investissait très peu, et elle le faisait sur ses fonds propres.»

«C’était alors un cercle vertueux» juge pour sa part le maire du Ier arrondissement Jean-François Legaret, lui-même ancien adjoint chargé des finances.

Myriam Métais appelle pourtant de ses vœux des mesures drastiques et alerte sur les risques élevés sur les recettes. Déjà en 2017, elle parlait de «l’incertitude sur les recettes de stationnement» alors que l’exécutif semble depuis quelques jours le découvrir.

Cette alerte date pourtant bien avant la mise en place des sociétés privées chargées du recouvrement comme Streeteo. Par exemple en 2018, au lieu des 330 millions budgétés seuls 230 millions ont été récoltés. Même si Paris reste la ville la plus verbalisée de France!

Il s’agit donc d’une erreur manifeste de prévision dans le budget de l’année 2018. La conseillère évoque aussi le manque à gagner des loyers déjà capitalisés, c’est-à-dire la demande faite par la mairie aux bailleurs sociaux de lui payer en avance les loyers à venir.

– Crédits photo : fd
La note du 20 décembre 2017 à la Maire – Crédits photo : fd

«Nous n’avons aucune inquiétude, affirme Emmanuel Grégoire. Les agences de notation ne jugent pas de la qualité de nos investissements mais de notre capacité à rembourser.

Or notre patrimoine est colossal et même si des évènements exogènes devaient arriver comme une augmentation des taux ou une chute du prix de l’immobilier nous sommes en termes d’impôts locaux très en deçà des autres grandes métropoles. Et Paris est une des villes les moins endettées de France».

Un optimisme qui n’empêche pas celle qui a quitté ses fonctions de conseillère aux finances au cabinet de la Maire et qui est maintenant au secrétariat général de la ville chargée de la modernisation et de la relation usagers de poursuivre ses mises en garde: «La conjugaison du ressaut des remboursements d’emprunts à partir de 2021 et du solde de l’exécution du PIM actuel [NDLR Programme d’investissement de la Mandature ] estimé à un milliard d’euros (auquel s’ajoute les dépenses récurrentes d’investissement estimées au minimum à 3MDS d’euros) nous invitent à être très vigilants en fonctionnement et en investissement en exécution 2018 et au budget prévisionnel 2019 en vue de la prochaine mandature dans le contexte qui plus est de forte incertitude sur les ressources fiscales des collectivités».

Face à de telles informations, le vote du prochain budget qui doit avoir lieu en conseil de Paris du 10 au 13 décembre risque d’être très tendu.

 

Source : Le Figaro


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