CASIL Europe a versé 27 millions d’euros de dividendes, dont (16,5 millions d’euros pris sur les réserves).

La Cour des Comptes vient de publier un rapport sur la privatisation des aéroports, dans laquelle elle étrille celle de l’aéroport Toulouse-Blagnac, voulue et organisée, en 2014 et 2015, par le ministre de l’Economie de l’époque, Emmanuel Macron.

Les critiques de la Cour se concentrent sur le choix du nouvel actionnaire, Casil Europe, qui n’est pas majoritaire mais dont le pacte avec l’Etat lui permet de contrôler la société. Il s’agit d’un consortium chinois emmené par Shandong Hi Speed Group, dont « le profil suscite des inquiétudes ». Malgré leur plume de hauts fonctionnaires, les rapporteurs dressent un portrait dévastateur de ce consortium dont la sélection par les autorités françaises apparaît aberrante.

Au moment du rachat, en effet, ce consortium souffre d’au moins trois tares et non des moindres : il « manque d’expérience en matière de gestion aéroportuaire » (ce qui est tout de même gênant pour qui veut racheter un aéroport…), il pêche par son « manque de transparence financière » (mais qu’importe puisqu’il est le mieux disant…) et il est tenu par « ses liens avec les autorités chinoises » qui en sont, de fait, les vraies propriétaires (autrement dit, c’est Pékin et ses services de renseignement qui dirigent Toulouse Blagnac !).

L’actionnaire chinois « vide les caisses »

Ce n’est pas tout. La Cour relève également que l’opérateur chargé de la vente, l’Agence des Participations de l’Etat, une branche de Bercy, n’a consulté aucune des institutions qui auraient dû l’être. Aucune. Airbus d’abord, qui teste ses avions sur les pistes de cet aéroport.

Plusieurs services compétents dans l’étude des futurs actionnaires n’ont, eux non plus, pas été saisis, telles la déléguée interministérielle à l’intelligence économique et la sous-direction du Trésor chargée de l’analyse des investissements stratégiques menés par des étrangers en France. Même la direction générale de l’aviation civile n’a pas été associée !

Enfin, après le rachat, le consortium a décidé de « vider les caisses », comme l’a dit, le 13 novembre, la députée Valérie Rabault, rapporteure spéciale, lors d’une réunion de la commission des Finances de l’Assemblée nationale.

De fait, depuis la privatisation, les actionnaires ont décidé de se verser 27 millions d’euros de dividendes, dont près des deux tiers (16,5 millions d’euros) ont été prélevés sur les réserves de la société qui ne dégage pas assez de bénéfices pour satisfaire cette soif de cash.

La Cour des Comptes assure que cette piètre privatisation a servi de contre-exemple pour les suivantes, celles des aéroports de Lyon et de Nice dont « le processus a été amélioré » et « la mise en œuvre mieux maîtrisée ». Reste qu’une telle bévue n’augure rien de bon pour les cessions à venir déjà annoncées, notamment celle d’Aéroport de Paris.

 

Source : L’Obs


Suivant ➜

Commentaires

commentaires