Environ 150 blocages sont recensés ce dimanche 18 novembre, au lendemain de la grande journée de mobilisation de « gilets jaunes ». Un simple début pour des participants qui comptent bien voir le mouvement perdurer et qui fustigent des chiffres minimisés, selon eux, par le ministère de l’Intérieur.

Quelle suite pour le mouvement des « gilets jaunes »? Alors que selon les chiffres du ministère de l’intérieur, près de 288 000 personnes ont manifesté samedi dans toute la France sur près de 2.034 sites, lors de la journée de mobilisation contre, entre autres, la hausse des prix du carburant, une partie des manifestants poursuit ce dimanche les barrages sur les routes.

Environ 150 blocages sont recensés dans toute la France, selon le réseau France Bleu et le ministère de l’Intérieur. La nuit a été « agitée sur certains sites » avec quelques 3.500 personnes mobilisées sur « 87 lieux différents », avait déjà précisé Christophe Castaner. Dans un communiqué publié à 13 heures, Vinci Autoroutes évoque une « intensification » des mouvements, notamment sur l’A10, l’A9, l’A8 et l’A50.

Une opération escargot est également menée par une centaine de motards sur la nationale 7. Des barrages filtrants ont aussi été constatés à Montélimar, Chalon-sur-Saône, Caen, ainsi que des blocages comme sur l’A7 dans le Vaucluse, rendant notamment les entrées impossibles à Avignon Nord, Orange, et Bollène, selon l’AFP.

Le gouvernement « pas capable d’ouvrir les yeux et de nous écouter »

Des opérations de filtrage sont également en cours au niveau du péage de la Barque, près d’Aix-en-Provence. C’est là que ce trouve Anne-Sophie. Cette infirmière a retrouvé ses compagnons de manif pour la deuxième journée consécutive. Samedi, ils étaient arrivés à cinq heures du matin pour mettre en place un barrage filtrant sur le péage.

« On n’empêche pas les gens d’aller travailler », précise-t-elle, expliquant qu’aucun incident n’a été à signaler. Selon celle qui est venue accompagnée de sa mère et de son fils, les manifestants étaient environ 850 samedi. Et pour eux, pas question d’abandonner. Ces gilets jaunes se sont relayés toute la nuit. Anne-Sophie a donc quitté les lieux vers minuit pour revenir dès 5h30 ce matin.

Comme beaucoup d’entre eux, Anne-Sophie n’est pas une habituée des manifestations. Hormis la manifestation parisienne du 11 janvier 2015 après le massacre de Charlie Hebdo, le 17 novembre était son premier rassemblement depuis le mouvement de protestation contre… la loi Devaquet en 1986. Affirmant vouloir « assurer un avenir meilleur à son fils », et mentionnant l’exemple de sa mère retraitée qui subit la hausse de la CSG, elle s’agace des chiffres donnés par les autorités. « Je pense qu’on était beaucoup plus ».

Si elle compte retourner travailler demain, Anne-Sophie espère bien que le mouvement va perdurer, et explique que lundi, les manifestants du week-end seront relayés par les transporteurs autoroutiers. Mais elle ne se montre guère optimiste sur une éventuelle réaction favorable du gouvernement. « Je ne pense pas qu’ils soient capables d’ouvrir les yeux et de nous écouter », confie-t-elle, fataliste.

« On était au minimum un million »

Ce pessimisme est partagé par Luc, un artisan de Seine-et-Marne. En ce dimanche matin, il fait partie des dizaines de « gilets jaunes », qui ont participé à une opération surprise à Disneyland Paris, depuis 10 heures du matin. Déployant des banderoles et bloquant les guichets du parking, lui et ses collègues ont fait rentrer gratuitement les voitures des visiteurs. « Jupiter, il ne cédera pas », craint celui qui se dit « en colère », notamment en raison des chiffres donnés par le gouvernement. « On était au minimum un million », assure-t-il .

Par cette nouvelle opération, il espère que « peut-être cette fois, on sera entendus ». La veille, il participait à un barrage filtrant sur un péage près de sa ville, par plus de 800 voitures, et près de 3 000 personnes.

Demain, il retournera travailler, mais il compte bien se rendre dès que possible à d’autres opérations, si elles ont lieu. Pour lui, la bonne poursuite du mouvement sera possible s’il est rejoint par d’autres corporations « comme les ambulanciers ».

« Le gouvernement tente de décrédibiliser un mouvement qui devrait plutôt l’alerter »

Tous les manifestants contactés partagent le même ressenti. L’impression d’une nette sous-évaluation de la participation, d’une volonté de discréditer le mouvement, et la crainte d’une aggravation des blocages et de la colère des manifestants si le gouvernement reste sourd à leurs revendications.

Pointant la « la désinformation totale » aussi bien du côté du gouvernement que des médias, Maxime Nicolle, qui gère un groupe « Fly Rider infos blocage » sur Facebook, qui compte plus de 5.000 membres, alerte sur le risque que « la colère ne se transforme en haine », en précisant que ce n’est pas le but du mouvement. Lui-même était présent samedi de 7h45 à 20 heures à un rond-point de Dinan, dans les Côtes-d’Armor, et évoque plus de 1.000 participants au point fort de la journée, entre 16 et 18 heures. Et se montre plus optimiste sur la tenue du mouvement sur la durée, en prévoyant « une marée humaine » dès lundi, et « des millions de gens dans les rues ».

Autre figure médiatique du mouvement, Jacline Mouraud est aussi retournée sur le pont dès dimanche matin, sur le même rond-point de Vannes que la veille. Décrivant une ambiance « pacifique et bon enfant », elle se félicite du succès des opérations « qui montre que les Français sont capables de s’organiser par eux-mêmes ».

Mais elle met tout de même en garde contre la colère qui monte chez les manifestants, notamment face à l’inertie de l’Etat. « Les gens sont très très en colère et remontés », face au « mépris » et au « snobisme » du gouvernement et de la majorité. « Leurs estimations sont totalement erronées », dénonce-t-elle, « le gouvernement tente de décrédibiliser un mouvement qui devrait plutôt l’alerter ». Mentionnant à son tour l’entrée prochaine des routiers dans l’action, elle estime que le mouvement doit continuer « jusqu’à ce que le gouvernement cède ».

 

Source : Marianne


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