Afin de préserver l’équilibre du régime de retraites, les générations nées après 1962 devront vivre avec une pension qui variera à la baisse ou à la hausse selon l’état économique du pays.

« La vie, la santé, l’amour sont précaires. Pourquoi le travail ne le serait-il pas ? », avait tonitrué Laurence Parisot, la présidente du Medef, en 2011.

Après la réforme structurelle des retraites que le gouvernement ambitionne de voter à la mi-2019, qui universalisera le système des salariés, des fonctionnaires et des indépendants dans cinq ans, la prophétie s’y appliquera également.

Les montants versés aux pensionnés risquent en effet d’être tout aussi précaires que l’amour…

Les générations nées après 1962 ne pourront donc plus échafauder des plans d’avenir du type : « Je pars à la retraite à 62 ans, j’ai tant pour vivre chaque mois, je peux dépenser tant… ».

Tenant un point d’étape ce mercredi 10 octobre, le Haut commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, l’a sincèrement reconnu : l’exécutif n’a pas la moindre idée, à l’aube de la révolution de l’intelligence artificielle qui verra des robots effectuer des tâches autrefois réalisées par des humains, du montant des salaires qui seront encore versés par les employeurs privés et publics dans 10 ou 20 ans.

Ni de l’importance de ces rémunérations, et donc des cotisations, dans la valeur ajoutée créée dans le pays.

C’est pourquoi le gouvernement souhaite que les retraites soient à l’avenir exprimées en points, sur le modèle des complémentaires.

Ce qui lui permettra d’ajuster la valeur de ce point selon la conjoncture, bonne ou mauvaise, que traverse le pays. Alors qu’aujourd’hui, le gouvernement recourt à des mesures ad hoc telles que la sous-revalorisation par rapport à l’inflation des retraites.

Changement radical pour les fonctionnaires

La gouvernance de ce pilotage sera discutée jusqu’au printemps prochain avec les partenaires sociaux. Le changement sera radical pour les fonctionnaires, qui cotiseront « au même niveau » que les salariés du privé et dont les primes « seront prises en compte pour le calcul des droits à retraite », ce qui n’est pas le cas actuellement.

Les travailleurs indépendants, en revanche, « bénéficieront d’un régime de cotisations adapté, afin de ne pas bouleverser les équilibres économiques de leur activité ».

Cette flexibilité centrale énoncée, Jean-Paul Delevoye a bien sûr défendu les objectifs complémentaires de sa réforme : « Une retraite plus simple, plus juste, plus efficace pour tous ».

La France comptant 42 régimes différents ayant chacun leurs propres règles, un système universel par points mais tenant compte des spécificités des métiers permettrait des simplifications massives.

Il serait plus équitable, puisque chaque euro versé donnerait droit au même nombre de points, ce qui faciliterait incidemment les transitions professionnelles. Les futures retraites cotisées sur 120.000 euros de revenus comprendraient en outre toujours des bonifications en points pour maternité, chômage etc.

Cette solidarité représenterait au maximum 20% des pensions. Le dispositif de réversion en faveur des veufs et veuves serait maintenu.

Pour le reste, si les salariés veulent se préparer une meilleur matelas pour la retraite, libre à eux de négocier une couverture supplémentaire dans leur branche professionnelle ou leur entreprise.

La réponse du Medef ne s’est toutefois pas fait attendre. « Nous devrons donner la priorité au levier de l’âge, à l’exemple de ce que les partenaires sociaux ont su mettre en place dans les régimes Agirc-Arrco », préconise assure Claude Tendil, président de sa commission protection sociale.

En clair, inciter, en plus des réformes déjà sur la table, les actifs à travailler a minima jusqu’à 63 ans, nouvel « âge pivot », voire plus encore.

Source : Marianne


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