À partir de jeudi et pour huit semaines, les espaces de réception du palais présidentiel se transforment en chantier. Objectif : donner un coup de jeune aux salons XIXe. Les travaux sont estimés à 500.000 euros et financés en partie par les ventes des produits dérivés.

Jusqu’au 15 janvier 2019, la salle des fêtes de l’Élysée, le jardin d’hiver, le salon Napoléon III – plus de 1000 mètres carrés au sein du palais – seront fermés pour restauration. Adieu vrais faux décors Second Empire carmin et doré.

Dans deux mois, la moquette, les rideaux et les tentures, ainsi que l’assise des sièges, auront été remplacées. La nouveauté décorative sera de taille: rideaux et moquette version 2019 puiseront dans des teintes gris et beige nettement plus contemporaines et, surtout, plus lumineuses.

Le chantier, qui s’annonce d’exception, va démarrer jeudi à huit heures. Il mobilisera en tout 120 personnes, de l’intendant du palais au Mobilier national, qui en assure la maîtrise d’œuvre, en passant par une kyrielle d’entreprises du patrimoine.

Le tout sous le regard de Brigitte Macron, qui a donné le top départ pour cette révolution décorative. «Ce projet va donner une vision contemporaine de l’Élysée, et mettra à l’honneur un savoir-faire français unique», assure Hervé Lemoine, directeur du Mobilier national.

Si le palais date du XVIIIe siècle, la salle des fêtes est un ajout XIXe. Construite au moment de l’Exposition universelle de 1889, avec des plafonds pompiers tout à la gloire des arts et de la République, elle n’était pas destinée à durer. À l’époque de son inauguration par le président Sadi Carnot, le sol est en parquet.

Il ne sera recouvert d’une moquette, déjà grise, que dans les années 1930. Les photos d’alors montrent déjà de grandes tapisseries de la Savonnerie accrochées au mur, ainsi que des enfilades de chaises. Les décors rouge et or, sorte de pastiche d’Empire, ne feront leur entrée que dans les années 1980, moment où François Mitterrand fait percer plusieurs portes-fenêtres donnant sur le jardin. Quant à la moquette actuelle rouge à décors de lauriers jaunes, due à Pierre Frey, elle date de 2007.

Onze plus tard, Emmanuel Macron a jugé utile un remplacement. Le palais reçoit 250 000 personnes par an ; la salle des fêtes est le lieu où sont organisés les grands dîners d’État et les réceptions de prestige (environ 250 par an). C’est là également que le président de la République est intronisé.

La moquette s’est donc usée sous les milliers de pas. Quant aux grandes tapisseries XVIIIe, voilà plus de 20 ans que le Mobilier national réclamait qu’on les décroche et qu’on les mette à l’abri: toute tapisserie ancienne finit par se déformer sous son propre poids et tend à perdre ses couleurs sous l’effet de la lumière.

Depuis sept mois, plusieurs entreprises ainsi que les ateliers du Mobilier national sont sur le pied de guerre pour la restauration des salons. Les dégradés gris et beige de la moquette ont été élaborés par les ateliers nationaux, qui disposent d’un nuancier de 14.000 teintes, datant du XVIIe siècle.

La moquette a été tissée dans une entreprise du Nord et les rideaux de velours (5 mètres de hauteur) ont été réalisés au Mobilier national. Il a fallu plusieurs allers et retours pour parvenir à quelque chose de satisfaisant. «On ne peut pas se contenter d’un “à peu près” à l’Élysée, qui est une vitrine de la France», juge Isabelle Stanislas, l’architecte qui a imaginé le projet.

Mais avant de remettre du neuf, il va falloir retirer l’ancien. À partir de jeudi, les actuels rideaux, ainsi que les tentures murales (les parcloses), vont être déposés, puis pliées afin d’être stockés dans les réserves. Les tapisseries laisseront place à des espaces blanc cassé sur lesquels seront accrochées, à terme, de nouvelles œuvres d’art.

La moquette, composée de bandes collées sur des palettes en bois (elles-mêmes posées sur du sable) sera ensuite retirée. Des reprises de peintures ou de dorures sont ensuite prévues. Dans la dernière ligne droite, la nouvelle moquette, à décors de croisillons et de palmes beige, sera posée, et les nouveaux rideaux accrochés.

Jusqu’à mi-janvier, toutes les pièces seront inaccessibles et la Présidence devra trouver d’autres lieux d’accueil pour les fêtes de fin d’année. Viendra ensuite le temps de la surprise, voire des critiques. Outre ceux qui n’aiment pas le changement, quel qu’il soit, des voix s’élèveront toujours contre cette nouvelle dépense publique.

Ces derniers jours, les «gilets jaunes» ne se sont pas privés de dénoncer la commande d’un service de Sèvres, la construction d’une piscine à Brégançon ou les changements de décors du palais. Lors de la présentation du projet en septembre, les services de l’Élysée ont assuré que les travaux de la salle des Fêtes, estimés à 500.000 euros, seront en grande partie financés par la vente de produits dérivés.

 

Source : Le Figaro


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