Les coups tordus arrivent souvent dissimulés. Celui qui se prépare contre la Sécurité sociale n’échappe pas à la règle. On commence par une mesure d’apparence anodine et on finit par piquer quelques dizaines de milliards dans la caisse.

C’est le scénario qui se déroule sous nos yeux : selon les projets du gouvernement, les pertes de recettes de la Sécu engendrées par deux mesures décidées par le gouvernement (suppression du forfait social sur l’intéressement, soit 500 millions d’euros, et l’exonération des cotisations sociales sur les heures supplémentaires des salariés, 2,5 milliards) ne seraient pas compensées par l’Etat.

Une première depuis la loi Veil de 1994 qui avait sanctuarisé les recettes de la Sécu !

Mais nous n’en sommes qu’au premier acte. Le gouvernement a décidé de se servir de la Sécu comme d’une vache à lait.

Car elle va rapporter : bientôt à l’équilibre (– 300 millions d’euros prévus en 2018), elle va produire des excédents, et sera désendettée en 2024. La Cour des comptes estime qu’en 2022 les caisses de sécurité sociale produiront jusqu’à 24 milliards d’excédent !

Un transfert des charges vers les classes laborieuses

Saluons d’abord la robustesse de notre système de protection sociale tant décrié par les polémistes intellectuellement « fainéants ».

Ensuite, interrogeons-nous : si on n’utilise pas ce surplus pour améliorer les prestations, la rénovation des hôpitaux, la prise en charge de la dépendance (cinquième risque), alors à quoi va servir le transfert d’argent des assurés vers l’Etat, inclus dans la loi de programmation des finances publiques ?

Sans doute à combler les trous creusés par les cadeaux fiscaux faits aux plus riches, avec en prime ce paradoxe : les cotisations proportionnelles (des entreprises et des salariés) et la CSG pesant d’abord sur les actifs (autrefois on aurait dit les travailleurs) viendront remplacer des impôts progressifs, qui, eux, mettent à contribution les plus aisés des contribuables et les rentiers.

Le transfert de la Sécu vers l’Etat, c’est aussi un transfert des charges vers les classes laborieuses !

En 1946, les créateurs de la Sécurité sociale avaient fait un choix fondamental : séparer celle-là de l’Etat, à la différence du système britannique, car ils redoutaient, avec raison, que les gouvernements ne mettent la main dans la caisse.

Soixante-dix ans plus tard, ce compromis fondateur est en train d’être ébranlé. C’est aux citoyens de le sauvegarder en empêchant ce hold-up.

Source : Marianne


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