L’entreprise a présenté un plan pour accompagner le boom de la mobilité électrique. Il veut fournir son énergie «décarbonée» à 600 000 véhicules d’ici 2022 grâce à un grand réseau de bornes de recharge. Ou comment rendre son nucléaire indispensable.

Et de trois. Après avoir annoncé un grand plan pour développer l’énergie solaire fin 2017 et un plan «stockage électrique» au printemps, EDF parie logiquement sur le débouché de ces nouvelles capacités : la voiture électrique, qui est en vedette en ce moment au Mondial de l’automobile à défaut de peser encore très lourd dans les ventes (150 000 immatriculations en France depuis 2010 selon l’Avere).

«Le groupe EDF va lancer un grand plan mobilité électrique pour devenir l’électricien leader dans ce domaine dès 2022 sur nos quatre grands marchés européens : la France, le Royaume-Uni, l’Italie et la Belgique», a annoncé ce mercredi son PDG, Jean-Bernard Lévy, lors d’une conférence de presse dans le cadre des «Electric Days» dédiés à l’innovation organisés par l’entreprise à la Villette.

Pointant le rôle fortement néfaste du transport pour le climat (plus de 20% des gaz à effet de serre), EDF parie sur un véritable boom de la voiture électrique dont les ventes passeraient dans les quatre pays visés de 300 000 véhicules en 2017 à 4 millions en 2025, puis près de 10 millions en 2030, selon ses prévisions.

Un nouveau marché à très forte croissance, sur fond d’impératif de réduction drastique des émissions de CO2, qui fait saliver le producteur d’électricité… nucléaire. Fort de son parc de 58 réacteurs, de ses 400 barrages hydrauliques et de ses efforts encore poussifs dans les énergies renouvelables (8GW de panneaux solaires installés contre 61,3GW de nucléaire), le géant français de l’énergie veut «jouer un rôle majeur dans la grande chaîne de valeur de la mobilité électrique» en fournissant une électricité «décarbonée à 87%» à plus de 600 000 véhicules électriques en Europe d’ici quatre ans. Ce qui lui offrirait «30% de parts de marché» dans les quatre pays visés.

75 000 bornes EDF

Pour atteindre cet objectif ambitieux, l’électricien français a noué des partenariats avec Renault, Nissan, Toyota et Valéo, autant d’acteurs qui mettent le turbo dans l’électrique «car on ne peut pas faire sans les constructeurs et les équipementiers, comme ils ne peuvent pas faire sans nous, c’est tout un écosystème qu’il faut créer», a expliqué Jean-Bernard Lévy.

EDF espère ainsi déployer 75 000 bornes de recharge propriétaire d’ici 2022 et donner accès en tout à 250 000 bornes installées par d’autres opérateurs grâce à un «pass interopérable». Des chiffres qui feraient d’EDF le premier exploitant de bornes de recharge en France et dans les autres pays visés. Le groupe, qui s’est lancé dans la technologie des points de recharge il y a près de vingt ans via sa filiale Sodetrel, dispose aujourd’hui d’un réseau de 5 000 bornes en France, dont 200 bornes de recharge rapide déployées sur les autoroutes de l’Hexagone, soit une tous les 80 kilomètres.

C’est sur ces dernières, qui permettent de recharger les batteries du véhicule à 80% en vingt à trente minutes, qu’EDF portera l’essentiel de son effort car les conducteurs ne veulent plus attendre plusieurs heures pour que leur voiture soit rechargée.

Le groupe va aussi développer des technologies de smart charging qui permettront de «transformer les voitures électriques en batteries sur roues» en fournissant leur électricité stockée au réseau quand le besoin s’en fera sentir : à terme, 1 million de véhicules électriques connectés pourraient fournir 1 à 2GW, soit l’équivalent de la puissance d’un à deux réacteurs nucléaires.

Et «le client pourra être rémunéré pour cette électricité rendue», a expliqué Yannick Duport, le directeur de la division mobilité électrique nouvellement créée par EDF. Grégory Poilasne, le patron français de la start-up Nuvve, basée a San Diego (Californie), avec laquelle EDF va créer une société commune, propose déjà ce type de solutions au Danemark. Et selon lui, en acceptant de décharger leur véhicule en période de pointe de la demande électrique, les automobilistes peuvent gagner «1 400 euros par an».

«Le client d’EDF pourra être rémunéré», a confirmé Yannick Duport. EDF espère déployer 4 000 bornes de recharge «intelligentes» de ce type dès 2020, sans doute en partenariat avec Renault et Nissan, aujourd’hui leader de la voiture électrique en France avec leurs petites Zoé et Leaf.

Annonce opportune

Le PDG d’EDF n’a donné aucun chiffre concernant l’investissement de son groupe dans ce plan mobilité électrique. Mais une chose est sûre, cette annonce est très opportune à quelques jours de la présentation par le gouvernement de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui doit déterminer à quel rythme la France doit se diriger vers le 50/50 d’électricité nucléaire et renouvelable.

De toute évidence, EDF joue au gentil géant vert, fournisseur d’électricité décarbonée pour la prochaine révolution du transport propre, dans l’espoir de sauver l’essentiel de son parc nucléaire : «Je vous confirme que l’électricité d’origine nucléaire est l’un des meilleurs moyens de lutter contre le réchauffement climatique aux côtés des énergies renouvelables», a répété Jean-Bernard Lévy en marge de la conférence de presse.

Se refusant à commenter les projets du gouvernement qui tablerait sur huit fermetures de réacteurs nucléaires d’ici 2028, le patron d’EDF s’est dit «confiant» dans les arbitrages à venir.

L’électricien a fait savoir dans son cahier d’acteurs pour la PPE qu’il ne souhaitait fermer aucun réacteur avant 2029, date à laquelle ses plus vieux modèles arriveront à la limite d’âge de 50 ans : «Pourquoi se priver d’un tel atout dans la lutte contre le réchauffement climatique et d’un tel actif pour le service public de l’électricité ?» s’est-il interrogé.

D’autant que selon lui, les besoins en électricité vont augmenter «légèrement» malgré les efforts en matière d’efficacité électrique et d’autoconsommation, en raison justement du boom de la voiture électrique. CQFD, si on veut des millions de voitures électriques sur la route, on ne pourra pas faire sans le nucléaire !

Rendez-vous fin octobre pour savoir ce qu’en dira Emmanuel Macron, que l’on sait soucieux, tout à son art du «en même temps», de ménager l’atome et ses 220 000 salariés sans avoir l’air de tuer dans l’œuf le développement des énergies renouvelables.

 

Source : Libération


Suivant ➜

Commentaires

commentaires